Togo : une foire agricole inédite a marqué la fête des ignames des peuples Konkomba et Bassar

Togo : une foire agricole inédite a marqué la fête des ignames des peuples Konkomba et Bassar
Les tas d'ignames à la foire agricole

Une atmosphère de kermesse joyeuse d’une foire agricole de vives couleurs, et des discours circonstanciels ont laissé leurs traces à Guérin-Kouka, lors de la célébration de la 58e édition de la fête des ignames, N’dack-D’Pontr des peuples Konkomba et Bassar.

Après deux ans de suspension en raison de la crise du Covid-19, les Bassar et les Konkomba ont renoué, le 03 septembre 2022 avec leur fête annuelle des ignames, célébrée le premier samedi du mois cité, alternativement à Bassar et à Guérin-Kouka (chef-lieu de la préfecture de Dankpen). Cette rencontre, placée cette année sous le thème : « D’Pontre N’Nidak, facteur de cohésion socio-économique et de développement culturel », a mobilisé aussi bien les natifs de la région résidant sur le territoire national que ceux de la diaspora, sans oublier les concitoyens d’autres préfectures ainsi que les touristes. Les filles et fils du "Grand Bassar" se sont donc retrouvés pour réaffirmer leurs valeurs culturelles et identitaires. C’est également un témoignage de la reconnaissance du peuple Bassar et Konkomba aux divinités qui ont favorisé la bonne saison agricole.

La fête a été marquée par deux étapes que sont les rites traditionnels, et la valorisation du riche patrimoine culturel du milieu, faisant revivre une diversité de danses folkloriques sous les regards du premier ministre, Victoire Tomegah-Dogbé qu’entouraient des membres du gouvernement, des députés, maires et toutes les autorités traditionnelles de la région.

Une foire agricole pour la première fois

La fête des ignames est en fait, l’occasion pour les peuples Konkomba et Bassar d’apprécier leurs produits agricoles, fruit de leur labeur de l’année, et d’en offrir les prémices aux dieux, signe de reconnaissance. Dans cette logique, et pour la première fois, une foire agricole a constitué le nœud de la manifestation, laissant l’occasion aux visiteurs de découvrir sur la place du grand marché de Guérin-Kouka, les différents types produits agricoles phares de la région considérée comme l’un des grands poumons économiques du Togo. « Dankpen est une très grande préfecture agricole de référence ; je peux vous dire qu’elle est le premier grenier du Togo en production, aussi bien végétale (igname, maïs, sorgho, soja, mil, sésame, etc.) qu’animale (bovins, petits ruminants, volailles) », relève un observateur avisé, interrogé par Nzaranews.

Cette première foire agricole s’est également ouverte à la transformation des produits (igname, soja maïs, arachide sésame, etc.). « Les produits agricoles bruts n’ont pas toujours assez de valeurs, mais quand on les transforme pour mieux les conserver, ils prennent davantage de valeur », souligne le même spécialiste.

De leur côté, des artisans-exposants ont transformé et présenté l’igname (produit phare) en d’autres sous-produits qui se conservent mieux, et donc beaucoup moins périssables comme la farine qui sert à faire du "foufou", et l’autre farine d’igname utilisée pour préparer le couscous traditionnel appelé traditionnellement "wassa-wassa".

D’autres exposants ont mis en évidence plusieurs produits transformés à base de karité très cultivé dans la zone. Il en est de même pour le soja et le néré qui sont des espèces qui rapportent des revenus non négligeables aux braves femmes qui excellent dans leurs transformations.

Selon les organisateurs de la foire, « l’objectif est de se focaliser sur l’innovation, la qualité, bref sur l’amélioration que les uns et les autres donnent à leurs cultures ou à leurs productions ».

L’igname, un tubercule d’union et de fraternité

L’occasion de la célébration de "D’pontre-N’dack", est « le moment d’intenses retrouvailles, de fraternité, d’amour et de paix entre tous les fils et filles des deux préfectures et de la diaspora », font savoir les cadres du milieu, se disant fiers de renouer avec leurs traditions car, ont-ils déclaré, « cette fête avait été interrompue à cause de la crise sanitaire du covid-19 ». 

« La coutume est aujourd’hui respectée », se réjoui pour sa part le chef du canton de Bassar, président des chefs traditionnels du "Grand Bassar", T’ba Yawanké Bitémi-Waké Djintidja II. « C’est notre patrimoine culturel, et nous avons l’impérieux devoir de le préserver pour nos générations présentes et futures », a-t-il expliqué à Nzaranews.