Togo - Prix des engrais : inquiétude des producteurs agricoles

Togo - Prix des engrais : inquiétude des producteurs agricoles
Stock d'engrais minéral

Ils sont désormais commercialisables au Togo ! Les stocks d’engrais vivriers convoyés vers les localités et lieux habituels du territoire national sont à présent disponibles dans les magasins de la Centrale d’achat et de gestion des intrants agricoles (CAGIA). Le gouvernement annonce avoir "fortement" subventionné le prix de vente des engrais, fixant à 18 000 F CFA le coût du sac de 50 kg de NPK et de l’Urée. Mais l’addition semble "salée" pour les producteurs qui sont invités à respecter les mesures prévues pour éviter la spéculation sur ces fertilisants subventionnés.

Pour des responsables-conseillers agricoles de la plupart des cantons et villages, le nouveau tarif des engrais ne fait que consacrer les craintes des paysans qui achetaient déjà difficilement le sac de la matière à 12 500 F CFA. « Beaucoup d’entre eux ne peuvent pas acheter les engrais, parce qu’ils ont vendu tout ce qu’ils avaient comme céréales récoltés pour satisfaire leurs divers besoins, et n’auront plus d’argent pour se procurer les intrants, surtout avec la mauvaise pluviométrie ressentie pendant la dernière campagne ». Tous ceux que Nzaranews a pu contacter ressentent mal la nouvelle situation.

 

« La campagne sera très difficile pour les producteurs », argumente Awossa Missih, exploitant agricole à Tchamba (région centrale) qui estime que les nouveaux prix ne sont pas exagérés. « En fait, ce n’est pas trop ; nous sommes tout simplement surpris par la nouvelle donne, parce que nous sommes habitués à la subvention, si bien que cette hausse de prix nous parait trop élevés », fait-il remarquer, ajoutant  que « l’Etat a fait quand même des efforts ».

Toutefois, Awossa Missih attribue la situation à une erreur du gouvernement qui est obligé de revoir à la hausse sa subvention des prix des engrais. « Pour moi les engrais devraient être commandés et amenés au moins quatre ou six mois plus tôt. Ce conflit dure un peu plus de deux mois, et je suis contre les raisons alléguées pour justifier les coûts élevés des engrais, surtout que le fournisseur n’est pas un magasin d’à côté ».  

 

Tchatangue Boniface Goumpoumgni, technicien et exploitant agricole à Dapaong (région des Savanes au Togo), ne trouve pas d’inconvénients par rapport au nouveau prix subventionné des engrais, l’essentiel étant, selon lui, « que les intrants soient disponibles ». « Un paysan qui maitrise la technique de production peut bien rentabiliser sa surface cultivée, en accompagnant l’engrais minéral avec l’engrais organique ; et avec ces efforts son rendement sera conséquent à la fin, pour lui permettre de rentrer dans ses fonds ». Comme pour dire que c'est en fonction de la bonne technique d’utilisation des engrais qu'un producteur déterminera son gain à la fin de la campagne. Il faut donc faire en sorte que le rendement compense le coût de production.

 

S’accommoder à la situation

 

Les acteurs du monde agricole togolais ne peuvent que faire avec la situation, au regard de la flambée des coûts des intrants au plan mondial.  « Il faut en tout cas faire avec la présente situation face à la rareté d’engrais qui menaçait la campagne 2022-2023 », souligne un responsable du ministère de l’agriculture, parlant de situation inédite créée par le conflit russo-ukrainien.

 

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La région ouest-africaine est régulièrement confrontée à des défis de stocks d’engrais minéral disponibles pour les producteurs dont les pays fixent, selon leurs réalités les prix subventionnés. Ainsi, pour la campagne agricole 2022-2023, le sac de 50 kg d’engrais coûte 14 000 F CFA pour tous les types d'engrais (Urée et NPK) au Bénin, 30 000 F CFA au Ghana, 12 500 F CFA au Mali alors que les producteurs Sénégalais achètent l’urée à 18 750 et le NPK à 10 000 F CFA.

 

Un comité de suivi pour la distribution des engrais

 

Pour lutter contre la ruée spéculative sur les engrais, le ministère de l’agriculture a mis en place un "comité de suivi de l’approvisionnement et de la distribution des engrais", dans le cadre de la campagne 2022-2023. Cette disposition devra « assurer une gestion sécurisée des intrants agricoles sur l’ensemble du territoire national, et éviter les sorties frauduleuses hors des frontières ». Le comité de suivi est composé entre autres des préfets, directeurs régionaux et préfectoraux de l’agriculture, de la gendarmerie, des responsables-gestionnaires des magasins de la Centrale d’achat et de gestion des intrants agricoles (CAGIA) et des conseillers agricoles.

 

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Le Togo importe les engrais comme beaucoup d'autres pays dans le monde. A l’heure actuelle, les prix à l'international ont drastiquement augmenté. Et il faut s’attendre à des répercussions sur les prix des denrées alimentaires l'année prochaine.