Togo : les ménages crient au secours, jusqu'où ira l'inflation ?

Togo : les ménages crient au secours, jusqu'où ira l'inflation ?
Produits vivriers (copyright au propriétaire)

La crise du covid avait déjà eu un effet sur les prix des denrées alimentaires en Afrique. La situation est encore pire aujourd’hui, après un mois de guerre entre la Russie et l’Ukraine, et l’on se demande si les effets de ce conflit sur les pénuries alimentaires sont immédiats sur le continent. La majorité des pays africains sont pour la plupart des Etats à faibles revenus, et dépendant des importations alimentaires. Et lorsqu’on sait que les deux belligérants sont les plus grands exportateurs de céréales du monde, et que l’invasion de l’Ukraine par la Russie entraine une limitation des produits agricoles disponibles sur le marché, l’on comprend la situation complexe que vivent les populations des pays depuis plusieurs semaines. Les prix des produits de première nécessité flambent dans de larges régions du monde. Les cours du maïs, de l’huile, du riz, du blé ont du coup atteint des prix record. Aucun pays africain n’est épargné par cette explosion des prix des denrées de première nécessité.

L’ensemble du continent vit en ce moment dans une turbulence économique. Les prix du pétrole et des matières premières alimentaires flambent dangereusement. Au Togo, des organisations de la société civile et des associations des femmes plaident pour une baisse des produits de première nécessité. Le mécontentement est perceptible sur les visages, prélude peut-être à un risque d’explosion sociale. Dans plusieurs cas, des personnes exaspérées n’hésitent pas à invectiver les dirigeants politiques. La panique gagne les foyers, en rapport avec les prix des denrées. « Il faut examiner la situation à tout prix, et le plus rapidement possible. Car ventre affamé n’entend pas », disent tout haut ces femmes et jeunes gens interrogés dans la capitale togolaise.

Madame Amélé Améguédé, ménagère, exprime son désarroi lorsqu’elle énumère les denrées de première ligne dont les prix ne cessent de flamber, avant d’exprimer sa colère : « allez voir vous-même ce qui se passe dans les marchés. Aidez-nous ! Aidons-nous, nous-mêmes d’abord avant de crier notre ras-le-bol à l’endroit de ceux qui nous dirigent, afin qu’ils sachent que le seuil de nos souffrances est atteint. Le maïs, l’huile, le poisson, la tomate concentrée, bref tout ce que nous devons manger chaque jour coûtent les yeux de la tête », fait-elle observer avant d’ajouter : « Ils n’ont qu’à réduire les prix des denrées, ainsi que les taxes douanières afin que nous puissions nous alimenter ».

Tous les consommateurs togolais à travers les associations des consommateurs demandent à leurs autorités de renoncer à certaines taxes douanières, et à consentir une baisse des prix de certains produits de consommation courante pour soutenir les ménages togolais.

Pour Delphine Amadoto, cadre commerciale, « la souffrance s’accentue chaque jour, et il faut faire le  minimum pour soulager les foyers. Les produits sont hors des prix dans les marchés. J’ai des pincements au cœur lorsque je vais au marché pour ne pas espérer satisfaire mes deux enfants à la maison. Je me demande comment se débrouillent ceux-là qui en ont jusqu’à trois ou quatre», s’interroge-t-elle.       

Les prix des denrées augmentent vertigineusement

Les prix de plusieurs produits de base (céréales, huile, poisson, viande, tomate concentrée, sucre) sur les marchés locaux, ont grimpé de 15 à 40%, et parfois plus. Dans les grands marchés d’Adawlato (Lomé-centre), d’Adidogomé, Hedzranawoé et Agoè-Assiyéyé (dans la périphérie de la capitale), cette flambée des prix est durement ressentie, rendant inaccessibles les denrées alimentaires importantes pour la masse.

Les commerçants et leurs clients ont les mêmes préoccupations. « L’augmentation des prix des denrées ne provient pas de nous, mais plutôt des grossistes. Nous subissons la hausse des prix comme tout le monde », soulignent-ils.

Le gouvernement togolais impute ces augmentations à la situation sanitaire du covid-19, et à la guerre russo-ukrainienne en cours qui perturbent la chaine d’approvisionnement.

Les grandes surfaces aussi…

Au niveau des grandes surfaces de la capitale ou des villes approvisionnées en produits de grande consommation, la flambée des prix est également remarquable. C’est très difficile pour les ménages, mais il y en a qui comprennent la situation. « Nous savons qu’au plan international les prix sont en hausse partout. Le Togo étant importateur, il est normal que sur le marché intérieur que l’on ressente cette hausse », admet Dueto Adrien, fonctionnaire de l’Etat.

Jusque-là considéré comme des alternatives aux spéculations des commerçants, ces grandes surfaces n’échappent pas à la hausse des prix, à cause de la conjoncture internationale.

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Les frontières terrestres fermées impactent

La fermeture des frontières terrestres décidée par les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à cause du covid-19 se fait aussi sentir dans tous les secteurs d’activité, et les consommateurs en subissent le coup. Les frais de transport en commun aussi ont provoqué l’augmentation des frais d’approvisionnement des produits. Tout le monde cherche à répercuter les impacts, et c’est le consommateur qui en pâti.

Le Togo représente une plateforme commerciale dans la sous-région ouest-africaine. Sa capitale Lomé, accueille souvent des commerçants du Niger, Nigéria, Burkina Faso et du Mali.

Les initiatives des gouvernements africains

Des gouvernements multiplient les mesures pour stabiliser la situation. Le Bénin a procédé à la baisse de certains tarifs, voire se passer de recettes fiscales. Les produits concernés sont le riz, le blé, l’huile végétale, le gas-oil et le ciment. Le sac de 50 kg de riz baisse de 2 000 F CFA, les huiles végétales et la farine de blé importé sont exonérés des 18 % de TVA. Le réajustement du tarif d’électricité est suspendu, et le prix de la tonne de ciment n’augmente pas. Le prix initial du litre de gas-oil est maintenu à 600 F CFA.

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En Côte-d’Ivoire où le ressentiment contre la hausse des prix était palpable, les autorités ont décidé de plafonner pour trois mois les prix de plusieurs produits de consommation : l’huile, le riz, les pâtes, la tomate concentrée, la viande de bœuf, le sucre. Le gouvernement a tenu compte des stocks sur le marché ivoirien. Il y a de quoi s’attendre après les trois prochains mois. Certains produits vivriers sont interdits d’exportation.

Le président du Ghana, Nana Akuffo-Addo sur proposition des membres de son cabinet, aurait décidé de la réouverture des frontières terrestres du pays d’ici deux semaines. Cette mesure ferait partie d’une série de recommandations en vue d’alléger la souffrance des populations face à la crise économique qui secoue le pays.