Togo : engrais, les agriculteurs scrutent l’horizon avec anxiété

Togo : engrais, les agriculteurs scrutent l’horizon avec anxiété
L'approvisionnement en engrais lors de la prochaine campagne inquiète les producteur

L’inquiétude ne cesse de croitre chez les producteurs, à l’approche de la saison agricole. Si pour l’heure rien ne se dit sur l’approvisionnement en intrants, beaucoup d’acteurs expriment des craintes au moment où le conflit entre la Russie et l’Ukraine se poursuit et déséquilibre un peu plus le marché des engrais déjà assez tendu depuis la campagne dernière. Les deux belligérants sont les plus grands producteurs d’engrais, et disposent des meilleures et grandes industries de la matière. Les agriculteurs togolais s’inquiètent, ne sachant pas encore comment, et où l’Etat va s’approvisionner en engrais pour eux avant de pouvoir les subventionner une fois de plus pour leurs campagnes. Car les prix de la matière flambent sur le marché international, et l’engrais manque.

Dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne et des sanctions internationales, des tensions d'approvisionnement entraînent une hausse inexorable des prix des intrants agricoles. La  réalité sur les marchés vient de l’arrêt des exportations de l’Ukraine, et surtout de la Russie. Les prix de l’urée, du phosphate et de la potasse ont bondit de 30 voire 40 % depuis le début de la guerre en Ukraine, alors qu’ils avaient déjà atteint des sommets fin 2021. A cela, il faut noter aussi l’augmentation des prix du gaz qui entre dans la composition des engrais azotés. La Russie est un très grand fournisseur, à la fois d’intrants et de matières premières qui les composent, tel que le souffre ou encore l’ammoniaque. 

Une explosion des prix d’engrais en Afrique ?

Depuis le début de ce mois de mars, la Russie a recommandé la suspension des exportations. Cette directive s’ajoute à une incapacité de fait à exporter, à cause  des sanctions internationales. Et les effets se font déjà sentir dans les pays. Selon Alain Sy Traoré, directeur de l’agriculture et du développement rural à la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), « le prix de l’urée est passé de 250-300 dollars la tonne à 800-1000 dollars la tonne aujourd’hui ; ce qui fait que le paysan qui achetait le sac de 50 kg, il y a quelques mois entre 12 000 et 16 000 F CFA, va l’acheter entre 30 000 et 45 000 F CFA, ce qui est impossible pour lui, à moins que les Etats ne subventionnent une bonne partie des intrants agricoles qui sont utilisés pour l’intensification aussi bien de la production du maïs que celle du riz qui sont des denrées essentielles dans la souveraineté alimentaire de la sous-région ».

Il y a d’ailleurs des craintes qui montent pour ce qui concerne les céréales dont la hausse des prix est attendue, à cause des mêmes problèmes d’approvisionnement. Le directeur de l’agriculture et du développement rural à la CEDEAO souligne que « mathématiquement, nous allons perdre des quantités énormes de production de céréales en Afrique de l’Ouest ». Etl relève-t-il, « d’aucuns prédisent que l’effet combiné covid-19 plus l’arrêt des importations d’urée, va impacter négativement la sécurité alimentaire. On peut s’attendre à une crise alimentaire en termes de projections ».

La grande inquiétude des producteurs agricoles

Au regard de cette situation "effroyable", le monde agricole au Togo s’interroge sur ce qui va advenir de l’engrais cette saison, entendu que la dimension de la fertilité des sols est un enjeu important pour une bonne productivité. La situation de guerre en Europe de l’Est, doublée de sanctions internationales serait être pire cette année, entrevoient déjà nombre d’acteurs. « Car, les engrais qu’on achetait normalement vont manquer, et seront très chers pour nous », soulignent les producteurs de la région des Savanes qui ont encore en mémoire le terrible dérèglement pluviométrique qui a fortement perturbé la dernière saison agricole qui les avait complètement mis à nu. « Comment allons-nous vivre cette saison si l’Etat ne nous vient pas  en aide ? », se demandent-ils, dissimulant à peine leurs espoirs envers les responsables de l’Etat.  

Le Togo se fournit habituellement en engrais importés. La saison dernière, malgré la flambée des prix au niveau mondial, le Gouvernement togolais avait poursuivi son appui aux producteurs, mettant à leur disposition plus de 80 000 tonnes d’intrants pour la campagne agricole. Il avait ainsi décidé de maintenir stables les prix des engrais. Le sac de 50 kg d'engrais était revendu à 12 500 FCFA sur tout le territoire. Ce qui a permis d’accroitre de façon substantielle le volume d’utilisation des engrais au cours de la campagne agricole.

Lire aussi: Guerre en Ukraine : les sanctions contre la Russie vont accentuer la vie chère en Afrique

Aujourd’hui, l’une des approches évidentes de la gestion efficace de la fertilité des sols relève de la disponibilité et de l’utilisation des engrais organiques qui doit encore être renforcée. A l’occasion d’un atelier tenu en novembre 2021 sur l’étude diagnostique de la filière engrais organiques au Togo, le Directeur général de la centrale d’approvisionnement et de gestion des intrants agricoles (CAGIA), Nana Adam Nanfame a suggéré que « Face aux changements climatiques et à la baisse de la fertilité des sols, il importe de recourir aux bonnes pratiques culturales par la gestion rationnelle de la fertilité des sols en valorisant les sources de matières organiques locales ».