Agriculture : les producteurs d'engrais africains à la recherche de financements

Agriculture : les producteurs d'engrais africains à la recherche de financements
Besoin de financement pour les producteurs d'engrais africains (copyright au propriétaire)

Les engrais des belligérants russes et ukrainiens font défaut dans nombre de pays de la planète, particulièrement en Afrique. Cette situation influence négativement la quantité et la qualité des récoltes 2022-2023. L’inquiétude est de mise partout, quant à une éventuelle chute des productions qui provoque des risques de famine et de malnutrition. Des suggestions sont faites pour fédérer les efforts pour sécuriser l’accès aux engrais des agriculteurs d’Afrique.

Au regard des circonstances auxquelles les pays sont confrontés, les producteurs d’engrais africains mènent des réflexions, pour produire et acquérir des engrais azotés et phosphatés. Réunis les 12 et 13 octobre 2022 au sein d’un "Forum africain des engrais", à Casablanca (Maroc), les experts présents ont affirmé que des solutions existent et qu’il reste à « trouver des financements et à construire les infrastructures » permettant de développer la production africaine. Mais qu’il faut agir vite.

A ce troisième forum africain sur le financement des engrais, les experts avaient comme mot d’ordre « urgence ». L’intervention du directeur du département agriculture de la Banque africaine de développement (BAD), reflétait le constat de la gravité de la situation des engrais en Afrique. Martin Fregene a rappelé l’ampleur du risque alimentaire à venir : « le coût des engrais a été multiplié par quatre ces dernières années. Et comme beaucoup de nos pays importent des engrais, nous devons faire en sorte que les prix diminuent et que la production reste au même niveau, voire qu'elle augmente. Sinon nous risquons une famine à grande échelle sur le continent ».

Des suggestions pour des solutions

Pour parer à la situation de cherté, voire de pénurie des engrais, le Maroc et la Banque africaine de développement proposent des alternatives. L’Organisme chérifien des phosphates (OCP) promet quatre (04) millions de tonnes de fertilisants données ou vendues à un prix préférentiel.

La BAD de son côté, décide de débloquer 1,5 milliard dollars pour fournir des engrais, mais sur le long terme.

D’autres voix ont toutefois affiché leurs positions pour sortir de la dépendance aux importations. Le président de l’Organisation ouest-africaine des fertilisants, Moussa Diabaté, souligne qu’il est très important que « l'Afrique atteigne une certaine souveraineté en matière alimentaire ».

Pour atteindre cette souveraineté, le directeur de la BAD-Maroc, Achraf Tarsim appelle à un partenariat entre pays africains. « Il va falloir trouver les moyens entre pays africains d'assurer l'approvisionnement en engrais et intrants, et aussi en semences adaptées à nos continents, pour que nous puissions produire davantage », a-t-il fait remarquer.

Et, pour Moussa Diabaté, « il faut regrouper l'ensemble des acteurs de la filière engrais, pour que, si nous avons des commandes à passer, cela puisse être des commandes groupées pour avoir de meilleurs prix et pouvoir aussi distribuer ces engrais aux paysans à temps et au meilleur prix ».

L’autre suggestion souvent mise en valeur durant le forum africain qui regroupait 200 acteurs du secteur de l’agriculture, veut que les immenses ressources africaines de phosphates et de gaz, principaux ingrédients des engrais, « soient exploitées par les pays africains eux-mêmes ».

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Un agenda à observer

Au sortir du Forum de Casablanca, les participants ont adopté une feuille de route, dans la perspective de sécuriser l’accès aux engrais des agriculteurs africains. Entre autres propositions : "travailler sur de nouveaux mécanismes qui facilitent l’accès aux autres intrants agricoles, tels que les semences, avec une diffusion plus large de nouvelles techniques et technologies agricoles assurant un rendement maximal".

De plus, les ministres de l’agriculture, professionnels, experts, représentants d’associations et banquiers sont convenus de "généraliser l’utilisation de nouveaux instruments de financement, tels que la garantie commerciale de crédit qui génère un effet de levier de 15 fois le montant investi".

Ce troisième Forum africain des engrais représentait un jalon majeur en vue du prochain "Sommet africain sur les engrais et la santé des sols" qui sera organisé par l’Union africaine en 2023.